
Roman d’apprentissage à rebours, fable cruelle et tendre à la fois, Je hais les auteurs est une déclaration d’amour déguisée à la littérature – et à ceux qui la font, pour le meilleur comme pour le pire.
JE HAIS LES AUTEURS
Un marginal sous la pile d’un pont, avec Chien. Pour survivre, cet invisible, muet de surcroit, débarrasse des caves et découvre un roman, un excellent roman, Je hais les Auteurs. Alors, pour passer le temps, il recopie, il adapte… Et il est repéré par un éditeur, pour un texte dont il n’est pas l’auteur…
Je hais les auteurs, c’est une critique caustique, mais tendre du monde de la littérature. Auteurs vaniteux, éditeurs calculateurs, salons littéraires, discours creux et petites lâchetés, ce roman détonant est une satire féroce et jubilatoire du monde des lettres.
Un roman qui mord la main qui le publie… et s’en amuse.
Le personnage principal, héros malgré lui – ou antihéros – vit en marge, sous un pont, avec pour seule compagnie son Chien et un carnet dans lequel il recopie l’un des nombreux livres qu’il récupère, le week-end, dans des caves. Muet, clochard, lecteur vorace, il observe le monde à distance – et écrit, ou plutôt, annote. Lorsqu’un éditeur découvre par hasard son manuscrit (celui qu’il a recopié et amendé dans un cahier d’écolier déniché dans une poubelle), une mécanique implacable s’enclenche : reconnaissance, imposture, fascination. À travers le regard acéré de ce narrateur « clandestin » se dessine une galerie de portraits d’écrivains, d’éditeurs et de faiseurs de littérature, saisis dans leurs grandeurs comme dans leurs petitesses. Je hais les auteurs est un roman d’observation et de dévoilement, traversé par une langue libre, ironique et profondément humaine. Une méditation sur la création, la légitimité et le désir d’écrire dans un climat de tension permanente entre invisibilité sociale et hyperlucidité, marginalité et centralité littéraire, fraude et sincérité.
Écrites par un Gilles Del Pappas qui maitrise parfaitement les codes du monde de la littérature, ses ridicules et ses petites lâchetés, les nombreuses scènes de salons, discussions d’auteur et stratégies éditoriales, sont justes, souvent très drôles, parfois cruelles, mais crédibles. Loin d’être une caricature abstraite de ce monde, Je hais les Auteurs retrace plus certainement une expérience vécue et très observée. Et comme il nous y a habitués, Del Pappas recourt ici à une langue vivante, orale, travaillée, énergique, charnelle, et capable de lyrisme discret comme de trivialité maîtrisée.
Un roman que l’on ne se contente pas de lire, mais que l’on entend…
Pierre, le personnage principal, est un sans-abri, muet, mais pas sourd. Lucide et cynique, il vit sous la pile d’un pont, en banlieue parisienne, et observe le monde avec une ironie mordante, surtout les bourgeois, les auteurs et les institutions. Malgré une condition qui pourrait laisser croire le contraire, il est intelligent et cultivé, et vole, sans en avoir tout d’abord l’intention, un manuscrit dont il prétendra par la suite être l’auteur, justifiant son imposture par la nécessité de survivre et par le mépris qu’il éprouve dans un premier temps pour son éditeur. Doté d’une grande sensibilité affective – mais refoulée –, malgré la proximité que son nouveau statut d’auteur lui confère, il fuit le contact humain et se méfie tout particulièrement des femmes. Construit comme une véritable figure d’antihéros moderne, mélange de victime sociale et d’escroc assumé, son mutisme devient vite le symbole de celui que sa condition prive d’avoir voix au chapitre dans la société, mais qui sait manier les mots et détourner la parole des autres.
Plus qu’un animal, Chien est presque le double affectif du narrateur. Il est en tout cas le seul être véritablement digne de confiance dans un monde hostile. Fidèle, intelligent, presque humanisé, le narrateur (Pierre) lui prête des pensées et des répliques dont la teneur est très souvent à l’opposé de l’hypocrisie des hommes.
Lucien Vallé est l’éditeur du texte Je hais les Auteurs de Pierre. Petit éditeur ayant flairé le « coup » littéraire, il est le véritable déclencheur de l’intrigue puisque, sans le savoir, c’est lui qui transforme le clochard en « écrivain publié ». Personnage ambigu, il représente parfois l’ami fidèle, parfois l’éditeur et le milieu littéraire mercantiles que le texte dénonce.
Anna Vallé est la fille de Lucien. Immédiatement hostile à Pierre, elle pose longtemps sur lui un regard cruel et méprisant sur le narrateur qui la désire autant qu’il la déteste.
Marie est une figure centrale du parcours intérieur du narrateur, tour à tour amie fondatrice, médiatrice vers la littérature, puis présence presque spirituelle après sa mort. Avec son mari, ils constituent pour Pierre ce qui se rapproche le plus d’une famille. Contrairement à Anna, dès sa première rencontre avec Pierre, elle ne le considère pas comme un clochard, mais comme un écrivain légitime, ce qui participe d’autant plus à sa reconstruction identitaire qu’en tant que libraire, elle l’introduit dans un monde auquel il n’appartenait pas. Contrairement à Anna, toujours, Marie ne séduit pas Pierre, elle l’apaise et lui accorde une véritable place. De ce fait, Marie est aussi celle qui confronte Pierre à son mensonge et à la culpabilité qu’il fait naitre, immanquablement. La mort de Marie sera pour Pierre un événement majeur lui imposant un nouveau deuil, un nouvel isolement, un nouvel affrontement avec la grande fragilité qui habite notre héros. Elle est celle qui lui réapprend à aimer, à lire le monde autrement, puis à survivre à la perte.
Alors, vous avez lu le livre que je vous ai passé ? Vous savez la dernière fois que nous nous sommes vus. Ça vous a plu ?
Non, pas du tout, c’est nul à mourir ! Il doit le lire sur mon visage, il est déçu, il ne s’y attendait pas.
- Non ? Vous n’avez pas aimé ? Bon, bon.
J’écris, je n’aime pas décevoir : « Ce n’est pas du tout mon univers, pas du tout ! C’est un récit intéressant ».
L’histoire d’un gus qui rencontre une femme, vous voyez le truc, comme c’est passionnant ! Alors lui, il est musicien, un grand musicien, évidemment, et alors il rencontre une mousmé qui est architecte, ça tourne dans le 16e parisien, de tasse de thé en tasse de thé. L’auteur décline à l’envi les descriptions terriblement ennuyeuses des tasses qui représentent un Japon moyenâgeux, entre deux dialogues pauvres en rebondissement. En fait, c’est le genre d’univers qui ne va pas plus loin que le pourtour de son nombril. Je parle de celui de l’auteur ou de la mère de l’auteur qui a l’air aussi marrant qu’un dimanche matin à Maubeuge, en hiver. Le genre intello franchouillard. Très bien écrit.
Chiant !
De plus, c’est prétentieux, pédant, et ça ne dit rien. Il n’y a pas de fond. On surfe sur la peau des choses, l’histoire n’existe pratiquement pas. Quant à la forme, elle est précieuse, cucu-la-praline. On a l’impression de lire dans un pot de miel. C’est du maniérisme. J’apprendrai plus tard que c’est le fond de la littérature généraliste française contemporaine.
Mais je ne peux pas lui dire ça, il aime tellement ce livre.
J’ai rudement bien fait de ne pas dévoiler complètement le fond de ma pensée. Beaucoup plus tard dans notre relation, il m’avoua, un jour qu’il était ivre.
- C’est moi qui l’ai écrit !
Il l’avait édité sous un pseudo. Tous les gens à qui il le faisait lire lui disaient comme moi, mais il espérait toujours qu’une fois, un type pourrait trouver ça intéressant. Ce qui lui suffirait à justifier cette édition. D’ailleurs si j’avais su, j’aurais embobiné ça dans du papier de soie. Mais là, il m’avait pris au dépourvu, je ne pouvais pas rattraper le coup, il l’avait bien senti. Mais je n’avais tout de même rien verbalisé de trop méchant.
Il n’insista pas.
- Ce n’est pas grave. Nous ne pouvons pas avoir tous le même goût.
9782490313662


