
Arizona, 2026. Matara, territoire sacré hopi, convoité pour ses richesses minières. Un roman où l’intime et la raison d’état se confondent. Un récit sociétal qui interroge la peur comme outil de consentement, l’effacement culturel et la force de la résistance invisible.
MATARA
Arizona 2026
Un désert fissuré.
Délia, cinéaste en retrait, découvre le territoire sacré des Hopis.
Elle n’y cherche plus à filmer.
Seulement à se tenir à distance du monde.Pourtant, une caméra, encore. Des silences, des images qui dérangent.
Que cherche-ton réellement à effacer : un territoire, une culture, un peuple ?
Les versions divergent. Les équilibres basculent.
Jusqu'où les hommes peuvent-ils aller au nom de la Sécurité nationale ?
Jusqu’où un peuple peut-il dire « non » lorsque son consentement est sollicité par la peur ?
Qu’efface-t-on réellement quand on transforme un territoire sacré en gisement stratégique, un territoire, une culture, un peuple ?
Dans le désert de l’Arizona, tout converge vers MATARA, territoire sacré convoité par TerraCore. Là où le gouvernement parle de sécurisation des ressources critiques, de Sécurité nationale et de Suprématie stratégique, les Hopis parlent de mémoire, de survie et de résistance.
Délia, cinéaste française brisée par un scandale éthique, s’était juré de ne plus jamais filmer. Mais les Hopis la placent face à un choix impossible : sauver ou condamner. Protéger ou trahir. Filmer devient une responsabilité qu’elle n’a pas choisie.
MATARA agit comme un personnage spectral : lieu fantôme, blessure ancienne, il hante le récit sans jamais se livrer.
Plusieurs figures s’affrontent :
- Délia : cinéaste française d’origine arménienne. Elle représente le témoin conscient, confronté à l’éthique et à la responsabilité individuelle face à la violence systémique.
- Adrien Berry : stratège, figure des institutions et des multinationales. Incarnation des forces qui instrumentalisent la peur et les informations pour justifier des actions sur les peuples et les territoires.
- Pierre : chercheur et mari de Délia, caution scientifique des projets industriels, pragmatique, mais aveuglé par la technique.
- Les Hopis : peuple porteur de mémoire et de rites silencieux, ils détiennent la vérité du territoire et du temps. Leur présence collective structure le récit et met en lumière les mécanismes de dépossession et de consentement par la peur.
- Naya, jeune artiste rebelle, incarne la mémoire vivante et bouleverse le récit.
- Son frère, Namoki, gardien du silence, refuse les logiques occidentales.
- Tahoma, fragile passeur. Bilingue culturel, tiraillé entre deux mondes.
- Opposants : l’État et TerraCore, maîtres du double discours, manipulant langage, images et lois pour légitimer l’exploitation et effacer la mémoire.
- Matara : personnage spectral, territoire sacré invisible, blessure historique, mémoire collective qui hante le récit.
Enjeux sociaux et géopolitiques
- Sécurité nationale et impératif stratégique : des terres sacrées convoitées pour leurs minerais critiques.
- Consentement par la peur : dans un contexte de tensions mondiales, la population est amenée à accepter l’appropriation des territoires, et à se soumettre à la raison d’état.
- Dépossession et effacement culturel : déplacement des peuples et disparition programmée de cultures ancestrales.
Sujets sensibles – Au cœur des crispations médiatiques
- Guerre de l’information : fake news, deepfakes et fabrication d’un récit officiel pour orienter l’opinion.
- Éthique de l’image : montrer pour révéler ou se taire pour protéger ?
- Narration politique : un discours construit pour obtenir le consentement face à des décisions controversées.
Débats éthiques contemporains
- Responsabilité individuelle : Délia filme pour protéger, mais risque de trahir.
- Droit au silence : les Hopis choisissent l’effacement comme forme de résistance.
- Résistance invisible : protéger une mémoire et un territoire peut passer par le retrait et le secret. Un pacifisme opposé à la violence de la guerre
Quel est le point de départ narratif de votre roman, et pourquoi ?
Cette fiction est née d’une rencontre avec le peuple hopi, à travers un documentaire et d’une question qui me trouble profondément : jusqu’où un État peut-il aller, au nom de la sécurité nationale et d’un impératif stratégique ?
J’ai choisi ce peuple parce que leur histoire, leur mémoire et leur présent interrogent notre besoin occidental de comprendre, de nommer, de capturer. Pour eux, culturellement, le silence est un langage, et le retrait, une forme de transmission.
Confrontée aux archives, aux lois et aux discours politiques, j’ai vu que les mécanismes de dépossession et de consentement contraint se répétaient dans le temps et à travers les peuples. J’ai choisi de transformer ce constat historique et contemporain en une fiction qui explore le consentement obtenu par la peur et l’effacement progressif d’un peuple face à des enjeux stratégiques contemporains.
Le désert et Matara deviennent le cadre où se joue une terrible tension, à la fois intime et sociétale.
Selon vous, quel est le cœur de votre roman ?
Le cœur de Matara réside dans la tension entre le visible et l’effacé : montrer ou protéger, céder ou disparaître. Sous couvert de suprématie stratégique, les États-Unis orchestrent une dépossession renouvelée : une appropriation des terres justifiée par l’exploitation de ressources jugées essentielles dans un contexte de tensions mondiales.
Le roman interroge la manière dont des forces économiques et militaires peuvent rendre acceptable l’impensable en invoquant un impératif stratégique. Il explore aussi comment des individus et des peuples tentent de préserver leur intégrité, leur territoire et leur mémoire face à des systèmes qui légitiment l’inacceptable.
À travers les trajectoires de Délia, Adrien, Naya, Namoki et Tahoma, Matara met en scène la peur et le consentement contraint comme moteurs des décisions politiques et des choix individuels, révélant la fragilité, mais aussi la force des peuples confrontés aux mécanismes de domination.
La fiction expose les zones invisibles du pouvoir : là où se construisent les récits, les consentements et les résistances.
Quelle est la teneur de votre héros (héroïne) et pourquoi ?
Dans Matara, le récit ne se concentre pas sur un seul protagoniste : plusieurs personnages sont essentiels. Plusieurs voix s’entrelacent, chacune portant une part de l’histoire et des tensions qui l’habitent.
Délia, cinéaste en retrait, confronte éthique et responsabilité : filmer pour témoigner ou se taire pour protéger. Pierre, chercheur, cautionne les intérêts industriels.
Chez les Hopis, Naya, artiste rebelle, bouleverse le récit, tandis que Namoki, son frère, gardien de la mémoire, refuse les logiques occidentales de contrôle. Tahoma, passeur entre deux mondes, incarne la résistance invisible.
Face à eux, Adrien incarne l’ambiguïté : à la fois partie du système et capable de choix qui échappent à son contrôle. L’État et TerraCore exploitent la peur pour obtenir le consentement : Matara explore la fragilité et la force des peuples face à la domination et à l’effacement culturel.
Ces personnages, aux parcours et aux forces distinctes, composent un chœur complexe où se croisent luttes personnelles et enjeux sociétaux majeurs. Chacun porte une part de vérité, de fragilité et de résistance. Ensemble, ils interrogent ce que les récits révèlent… et ce qu’ils effacent.
Dans quelle mesure votre texte entre-t-il dans la ligne éditoriale engagée conduite par les Editions Red’Active ?
Ce roman s’inscrit pleinement dans la ligne éditoriale engagée de la collection Clair-Obscur des Éditions Red’Active : dilemmes sociaux, choix individuels et collectifs, conséquences des décisions face aux systèmes de pouvoir.
Politique et sociétal, ancré dans les tensions contemporaines, il interroge le pillage des terres sous couvert d’impératifs stratégiques, les violences institutionnelles, la manipulation médiatique, et les effacements culturels. Plutôt que de dénoncer frontalement, il explore l’ambiguïté et l’éthique du regard : comment consentement et peur façonnent les choix, et comment les silences et gestes invisibles deviennent des formes de résistance.
Une écriture immersive, sensorielle et réfléchie, qui ne donne pas de réponses, mais fait entendre les questions essentielles.
Quelle est l’émotion dominante que vous aimeriez laisser chez le lecteur ?
Le vertige de ne pas savoir où commence la vérité.
La lucidité de percevoir que le silence peut être une forme de résistance, et que la peur peut servir à contrôler un peuple.
Je voudrais que le lecteur quitte le roman ébranlé, mais éveillé, sensible à la force d’une résistance invisible et vitale, porté par un souffle enfoui et une question suspendue :
Que reste-t-il de notre liberté lorsque le consentement devient imposé ?
9782490313655
2. L’autre côté du décor
Alors, j’étais partie. Pas en fuite. Pas avec colère. Juste comme on ferme un livre qu’on a trop lu. Le froissement des pages restait, dans mes doigts, le souvenir physique d’une histoire trop connue. Sans savoir si j’aurais encore la force d’en ouvrir un autre.
Officiellement, je suivais Pierre pour me reposer. Officieusement pour me taire un peu. Après des années de tournages, de montages, d’urgences successives, j’avais besoin de cette parenthèse.
Nous avions quitté la France au début de l’été. Pour moi, seulement deux valises. Entre elles, un vide que je ne parvenais pas à nommer : une fatigue logée dans le ventre, un soupir coincé dans le thorax, une langueur dans chaque muscle. Le départ n’était pas brusque, il était viscéral. Chaque pas vers l’avion me détachait un peu plus de ma vie précédente.
À l’arrivée, l’air sentait la résine. Sec et vif. Caressant la peau sans la brûler.
Flagstaff. Un nom qui accroche à la bouche, comme une promesse mal prononcée. Une ville perchée à deux mille mètres d’altitude. Une frontière invisible entre l’Amérique blanche et les territoires qu’elle a pris sans jamais les rendre.
Pierre s’y est immédiatement senti à sa place. Moi, je regardai autrement. Tout semblait trop parfait, calibré, presque domestiqué. Les arbres alignés comme des rideaux. Les montagnes dressées comme des murs. Une propreté presque suspecte. Un décor de carte postale.
— Tu vas en profiter pour faire une pause, c’est bien. Tu étais à bout, non ? avait dit Pierre avec cette aisance tranquille.
Il m’avait regardée avec une tendresse tranquille. Comme s’il énonçait une évidence. Et j’avais vacillé. Pierre tombait souvent juste. C’était peut-être ça, son défaut le plus profond.
J’avais hoché la tête. À peine. Il ne voyait pas ce que je voyais : les arbres comme des rideaux, les montagnes comme des murs. Et derrière, un silence pesant, épais, une attente muette.
Notre résidence était perchée dans le quartier de Forest Highlands. Tout en haut de la ville. Comme si l’altitude élevait le quotidien. Des maisons de bois foncé, toutes semblables. Des assistants vocaux aux aguets. Lignes droites, intérieurs minimalistes. Tout était calibré. Rien ne débordait.
La nature ?
Redessinée à l’échelle des fantasmes urbains. Même la forêt semblait domestiquée. Les arbres avaient l’air plantés pour les photos. Un progrès, disait-on.
Plutôt une illusion durable. Ici, tout semblait protégé. Comme si la menace avait été déplacée ailleurs. Comme si ce calme avait été obtenu en échange de quelque chose. Ou de quelqu’un.
— C’est le rêve, non ? Les montagnes, la forêt, et notre petite maison, tout en haut du monde, disait Pierre.
Pas un rêve, non. Plutôt une mise en scène. Mais, ici, on ne posait pas de questions.
L’agent immobilier nous avait accueillis avec un zèle enthousiaste. Il avait décrit les lieux comme un havre pour citadins exténués en quête de pureté. Avait prononcé les mots « préservé » et « connecté » dans la même phrase, sans y voir la moindre contradiction. Avait parlé d’avenir, de nature épargnée, d’énergie solaire, de maisons intelligentes. Mais jamais d’appropriation. Ni d’effacement.
Je fixais ses dents trop blanches. J’aurais voulu demander : à qui appartenait cette terre, avant ? Mais les mots sont parfois trop lourds pour franchir la bouche.
— Un lieu de pureté détruit par la modernité, avais-je murmuré.
Il n’avait pas entendu. Ou avait fait semblant.


