
Une fiction contemporaine qui se tisse comme une quête de soi où les fêlures du passé s’interposent entre causes et conséquences incontrôlables. À la faveur d’un cauchemar, terrifiant, obsédant, Livia doit plonger aux tréfonds d’elle-même et bien plus loin encore.
SABLES
Une agression, deux jours de coma, un cauchemar récurrent.
Un retour sur le passé de Livia. La faute à qui, à quoi... ? À son enfance ? À sa vie de femme instable ? Au fils qu’elle a rejeté pendant dix ans ?
Et les sables qui hantent désormais ses nuits… Sont-ils le miroir de sa folie naissante ou celui d’une histoire qui ne lui appartient pas ?
Partir à l’assaut de ce cauchemar terrifiant qui l'envahit, c’est peut-être se risquer à se découvrir elle-même et à explorer ses contradictions, ses émotions d’enfant, de femme et de mère.
Entre ses souvenirs semés d’échecs et ses nuits d’angoisse, Livia semble au seuil de révélations qui pourraient changer à jamais son existence.Le repli sur soi, une thérapie sociétale. Mais il arrive un moment où l’on se retourne pour regarder le chemin parcouru. C’est souvent douloureux quand les traumatismes, les erreurs et la culpabilité ressurgissent à fleur d’âme. La force réside dans la capacité à dépasser cela et à franchir le pas de la victimisation pour aller de l’avant. Pour Livia, partir à l’assaut de son cauchemar terrifiant et prégnant, c’est partir à l’assaut d’elle-même et de ses contradictions, de ses dilemmes et émotions d’enfant, de femme et de mère qui s’affrontent. Son hésitation préalable montre bien que, face à l’épreuve, la première réaction est toujours le désir d’occulter, par facilité.
Les relations familiales. Avec l’urgence de vivre pour le bonheur à tout prix, les gens délaissent ce qui les ancre en eux : eux-mêmes. Ils s’oublient pour des sensations nouvelles, s’éloignent pour des convictions contraires, se réinventent pour faire semblant d’atteindre leur but. Lorsqu’ils sont allés le plus loin possible dans leurs errances, une petite lumière au fond de leur cœur leur rappelle que le sang coulant dans leurs veines est celui du vrai lien.
L’entropie intérieure. L’être humain est sans cesse à la recherche de son passé. Savoir d’où il vient, quelles sont ses racines, jusqu’à étudier son ADN, afin de trouver des raisons à cette forme d’entropie intérieure qui le tiraille. Tout cela est lié à la sensibilité des êtres. Au-delà de l’aspect « ésotérique » de certaines recherches peu crédibles, il existe peut-être un modèle de communication subtile qui relie les êtres à leur passé, qui sauverait bien des âmes. Une idée personnelle, une part de fantastique qui permet d’interroger sur les causes et les conséquences des actes des êtres à travers le temps.
Et s’il fallait prendre le temps de se retourner sur soi-même pour connaître son avenir ? Et si le passé d’un autre était une partie de la réponse, aussi incroyable soit-elle ?
Une agression, deux jours de coma, un cauchemar récurrent, ainsi nous apparaît Livia. Un retour sur sa vie corrompue. La faute à qui ? À son enfance, à elle qui a été élevée à la dure ? Au fils qu’elle a rejeté pendant dix ans ? Les sables qui hantent désormais ses nuits ne sont-ils que le miroir de sa folie naissante ?
Livia Limouzin-Montès : assistante-bibliothécaire – aspirée par le désespoir – remet sa vie en question. Pour Livia qui cherche des réponses à ses écueils, Sables est suspense.
Alexandre Montès : fils de Livia – éprouvé par le rejet de sa mère – indépendant. Pour Alexandre qui ne sait pas ouvrir les yeux, Sables est psychologie.
Stéphanie Lebert : amie de Livia – oreille attentive – compréhensive.
Juliette Sangors : psychologue aux théories très « spéciales » – réceptive et dévouée – complice. Pour Juliette qui croit en sa théorie de transmission, Sables est expérience.
Maryse Montès : mère de Livia – a élevé Alexandre – stricte – alimente la culpabilisation de sa fille.
Julio Montès : père de Livia – effacé – cache un secret – se rapproche de sa fille tardivement.
Quel est le point de départ narratif de votre roman, et pourquoi ?
L’idée de ce roman m’est venue après avoir visionné un reportage sur des fouilles archéologiques au Pérou qui m’a touchée et impressionnée. Je ne peux donner de détails, car il fournit la trame « mystérieuse » du récit ainsi que sa conclusion. Cependant, j’avais à cœur de parler de cette incroyable découverte, mais sans la traiter de front. C’est pourquoi j’ai choisi l’onirisme pour l’amener à petits pas en laissant une large place au suspense, et choisi de la lier à une femme d’aujourd’hui, avec ses failles et ses blessures. Ainsi, le cauchemar récurrent de Livia est au cœur de l’histoire. Il est comme un phare dans ses nuits, des nuits où elle est une enfant dans un pays et une époque inconnus, marchant dans le sable sous un orage cataclysmique, sans savoir vers quoi elle se dirige. J’aime être « envahie » par un sujet qui m’offre le thème d’un nouveau roman. Le besoin de partager ce qui me touche devient presque une obsession.
Selon vous, quel est le cœur de votre roman ?
Le cœur de ce roman est peut-être la nécessité vitale qui envahit peu à peu Livia de comprendre ces images qui la hantent, tout comme le film de sa vie qu’elle s’applique à dérouler sans savoir vers quoi il la mène également. Dans cette fiction, deux trames narratives s’entremêlent. La première entraîne cette femme à rechercher la signification d’un cauchemar récurrent et terrifiant qu’elle fait depuis son agression récente ; la seconde lui impose une remise en question au travers de ses souvenirs d’enfant élevée à la dure, de femme « instable » et de mère ayant rejeté son fils pendant dix ans.
Quelle est la teneur de votre héros (héroïne) et pourquoi ?
Livia n’est pas une héroïne, Alexandre, son fils, non plus. Ils sont écorchés chacun à leur manière. Physiquement et psychologiquement, ils ont toujours cherché à s’éloigner l’un de l’autre. Mais, lorsqu’un événement imprévu survient – le cauchemar pour Livia, la disparition de sa mère pour Alexandre –, tous deux partent en pèlerinage vers le centre d’eux-mêmes, chacun à sa manière. C’est héroïque, sans doute, mais eux sont des êtres ordinaires, que la nécessité bouscule. Les héros ne seraient-ils pas justement la vie et le cauchemar eux-mêmes, qui s’imposent et évoluent d’une simple image à une apothéose, après avoir passé plusieurs épreuves, tout comme des vrais personnages de roman…
Dans quelle mesure votre texte entre-t-il dans la ligne éditoriale engagée conduite par les Editions Red’Active ?
Livia est une femme engagée dans le dépassement d’elle-même. Elle n’est pas simplement celle qui cherche à se défaire de ses a priori, mais celle qui les prend à bras le corps, quitte à se déshumaniser et à accepter de reconnaître qu’elle l’a fait sciemment. C’est une femme qui étouffe dans sa condition de victime et qui va agir pour changer cela. Au-delà de ce cauchemar de sables (qui est un outil, un « véhicule »), c’est une confrontation avec ses démons qui attend Livia, et un challenge qui rejaillit sur sa famille. En ces points, je pense que ce texte a sa place dans la ligne éditoriale des Editions Red’Active. Et si une part de fantastique n’est pas exclue, il garde néanmoins cette part de normalité qui ne le dénature pas.
Quelle est l’émotion dominante que vous aimeriez laisser chez le lecteur ?
J’espère qu’il n’y en aura pas qu’une seule : ressentir le courage de Livia qui ose se regarder en face ; être surpris de la tournure des événements et de leur finalité ; avoir envie d’aimer les siens encore plus ; et peut-être aussi être curieux et vouloir en savoir plus sur les révélations de la fin du livre qui m’ont conduite à l’écrire… Mais, interdiction formelle d’aller à la fin avant…, la fin.
Le ciel craque et sa colère fend les nuages jusqu’au creux de l’océan qui brûle d’un feu maudit… Je vois… J’ai peur… Des bras maternels me poussent loin d’eux… Je suis obligée de suivre les autres… Je m’enfonce dans la boue jusqu’aux genoux et je n’arrive pas à faire un pas de plus… Les larmes se pressent à mes yeux et la tête me tourne… La musique hurle à mes oreilles… Des chants intenses s’élèvent et s’imbriquent dans les morsures du vent qui redouble… Je sens bien que c’est un jour important pour moi, mais j’ai peur de la foule, de l’orage et des voix stridentes… Je veux me retourner, mais une main agrippe mon bras et me tire vers l’avant… Je dois avancer, suivre les autres… Même si je n’ai que quelques pas à faire, aussi pénibles soient-ils, je dois montrer la fierté de les faire de mon plein gré… malgré la peur…
3 heures du matin ! Recroquevillée en position fœtale, j’essaie de calmer mon cœur qui s’est emballé après avoir revécu ce cauchemar qui me glace le sang. J’ai remonté le drap jusqu’au-dessus de ma tête pour me tapir au fond du lit, telle une enfant apeurée. Et voilà que revient à moi, ce souvenir oublié depuis longtemps : ma peur de l’orage. Dès la première semonce du tonnerre, je poussais un cri effrayant. Affolée, je me précipitais dans la chambre de mes parents pour me réfugier dans leurs bras, mais ma mère me grondait et me priait de cesser mes simagrées. Elle me ramenait dans ma chambre et fermait la porte à clé pour que je n’en sorte pas. En pleurs, je prenais mes coussins, mes peluches et tout ce que je pouvais trouver pour me recouvrir. Je me faisais la plus petite possible, ramassée en boule au fond du lit, les mains bouchant mes oreilles pour ne plus entendre ce qui me terrifiait.
Je marmonnais parfois une chanson dans ma tête pour tenter de me rassurer : « Petit papa Noël, quand tu descendras du ciel… » Je me disais que, si le père Noël vivait dans le ciel, c’est que le ciel n’était pas si dangereux sinon il n’y habiterait pas… Les voies enfantines sont impénétrables, mais la foi est à l’image du courage dont les enfants font preuve pour s’en sortir par eux-mêmes !
Ce souvenir ne remonte pas à ces derniers jours, ils ne sont pas de ceux que j’ai oubliés depuis l’agression, non ! Alors pourquoi se rappelle-t-il à moi maintenant ? Cette peur panique qui a accompagné mes jeunes années et que je suis parvenue à maîtriser toute seule, voilà qu’elle se faufile à nouveau dans ma vie sous la forme d’un cauchemar qui s’agrippe à mes nuits !
Je me lève et fais quelques pas dans la chambre. L’obscurité est zébrée par les phares de quelques voitures et motos qui sillonnent le quartier. Ma fenêtre au premier étage donne sur la route et, bien que le double vitrage étouffe le bruit des moteurs, les lueurs qui défilent à allure modérée entrelacent celles des réverbères sur leurs passages. Une symphonie lumineuse qui me ramène au temps présent, ici, en sûreté. Mais j’ai peur de fermer les yeux à nouveau. […]


